FANS DES ANNÉES 80 - Regard sur la collection Quasar

Lydia Scappini - Commissaire de l'exposition - Responsable Pôle Arts Visuels d'Anglet

La villa Beatrix Enea - Anglet >> 20 novembre 2021-26 mars 2022

INFOS PRATIQUES

Villa Beatrix Enea 2, rue Albert-le-Barillier 64600 Anglet 

Entrée libre du mardi au samedi 10 heures - 12 heures / 14 heures - 18 heures

Fermé les jours fériés

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©Alexandra Vaquero

Avec les œuvres de :

PIERRE ANDRÉ / FRANÇOIS ARNAL / GEORGES AUTARD VINCENT BARRÉ / BEN / DIDIER BÉQUILLARD / JEAN-CHARLES BLAIS FRANÇOIS BOISROND / STÉPHANE BORDARIER / JEAN-PIERRE BOURQUIN / JOËL BRISSE / JEAN-PIERRE BRUNEAUD / PIERRE BURAGLIO / DAMIEN CABANES / CÉSAR / PHILIPPE COGNÉE / ROBERT COMBAS / ERRÓ / SYLVIE FANCHON / DANIEL GERHARDT / STÉPHANE HAZERA / FABRICE HYBERT / DENIS LAGET / LUC LAURAS / LOÏC LE GROUMELLEC / FRANÇOIS MARTIN / BERNARD PAGÈS / TITI PARANT / JEAN-PIERRE PINCEMIN / JEAN-CLAUDE PINCHON / FLORENCE VALAY / CLAUDE VIALLAT

Fans des années 80

 

Fans des années 80 – Regard sur la collection Quasar présente un ensemble d’œuvres évoquant la naissance de la collection Lesgourgues, constituée dès les années 80. L’exposition traduit l’univers de cette décennie, son contexte d’euphorie, de liberté, de fête. Des années « furieuses » regardées depuis le prisme de notre époque.

La collection Quasar, c’est 780 œuvres de 92 artistes acquises entre 1980 et 2000. Cette exposition représente la sélection difficile d’un ensemble de 36 œuvres. Ces peintures, sculptures, dessins, choisis selon une approche sensible, ont été glanés avec plaisir et liberté. Ce regard extérieur, cette carte blanche, suit les premiers pas de la collection née du désir gourmand de comprendre l’art de son temps, l’art en train de se faire et nous interpelle sur les années 80. Le corpus des œuvres s’accorde quelques pas de côté, déborde le strict cadre de la décennie, à l’instar de cette Table blanche qui accueille le visiteur dans le hall de la Villa Beatrix Enea. Une œuvre de Philippe Cognée, réalisée en 2000, une table dressée où les convives se sont retirés à la fin de leur repas. Image d’un Lendemain de fête laissant le sentiment nostalgique d’avoir passé une bonne soirée…

 

Lydia Scappini

Nos années 80 

 

La peinture avec les pinceaux entre les dents. Comme un combat sur le ring de l’histoire de l’art ? Les années 80 furent-elles donc des années de rupture ? Celles qui virent débouler une bande - inorganisée mais prolixe - de jeunes peintres, clamant haut et fort le pouvoir retrouvé de la peinture figurative, mêlant imagerie de bande dessinée et de publicité à une manière rock et décomplexée de raconter une jeunesse, en enfants de la télé et en lecteurs, fans de films de zombies et de science-fiction, comme ivre de nouvelle esthétique et liberté ? À lire la formule troussée par l’artiste Ben, qui fut l’inventeur du mouvement dit de la Figuration libre, et qui fédéra des artistes comme Robert Combas, Richard Di Rosa, Jean-Charles Blais ou encore François Boisrond, ce serait un peu cela, une intense et rigolarde réaction. « Libre de quoi ? Libre de faire laid, de faire sale, libre de préférer les graffitis du métro de New York aux tableaux du Guggenheim, libre d’avoir une indigestion de Supports/Surfaces, libre de préférer passer la nuit dans une boîte de nuit que d’écouter Sollers, libre d’aimer Mickey la bande dessinée et pas Lacan, libre d’avoir envie de refaire du Matisse, du Picasso, du Bonnard, libre de peindre sur n’importe quoi… » 

Initiée dans ces mêmes années 1980, la collection Quasar relate une histoire, elle aussi, centrée sur l’art français. Mais qui emprunte une géographie bien moins précise que la pure actualité médiatique et qui propose une philosophie hors de toute fracture générationnelle. Assemblée au gré des coups de cœur, des visites d’ateliers et des rencontres régulières avec des artistes, elle n’est pas la collection d’un groupe d’artistes qui serait éponyme de jeunes loups de la peinture fraîche. Ici, ni la notion d’école, ni la présence de personnalités liées à quelques marchands d’art, ne s’imposent à des choix qui la constituent. De même, la pluralité des médiums n’est pas son genre : la photographie plasticienne qui, de Georges Rousse à Annette Messager ou Sophie Calle, s’est imposée au cours des années 80, ou encore l’installation ou l’art vidéo, lui sont étrangers. Non par conviction de moindre intérêt mais plutôt par soucis de cohérence. La collection Quasar entend perpétuer la force de renouvellement des peintres et des sculpteurs. 

Accrochées aux murs de La Villa Beatrix Enea, les œuvres en fournissent des arguments évidents. L’exposition des quelque quarante œuvres choisies parmi plus de sept cent quatre-vingts achetées, donne à voir, par exemple, un grand carton de 1978, fait d’auréoles abstraites, rose, jaune pâle et grise, par un Claude Viallat. Alors qu’un dessin pâle de l’an 2000, montrant les reliefs d’une table de fête par le peintre Philippe Cognée, clôt la double décennie. Mais l’accrochage qui joue plutôt de la proximité semble unir des aventures bien différentes : les compostions abstraites, légères et aux formes à peine suggérées d’un François Arnal, né en 1922, côtoient une toile de pure fantaisie de Robert Combas, né 1957, et qui montre, dans un luxe de peinture acide, une assemblée joyeuse de femmes-fleurs aux seins opulents. Ou encore, un assemblage austère et tout dédié à la lumière d’un Pierre Buraglio, né en 1939, fait-il écho à une peinture allègre et estivale de François Boisrond (né en 1959) ou une sculpture aérienne et ludique de Florence Valay, née en 1955. 

On pourrait à l’envi rapprocher les uns et les autres et en observer les oppositions et les connivences. C’est la vitalité de toute collection : esquisser un dialogue et redire que l’art n’est jamais une envie de pure castagne entre ses différentes figures, les artistes. Non, ceux-là, après le cycle des années 1970 et des années marquées d’art conceptuel, Arte Povera en Italie, ou encore de minimalisme aux États-Unis, s’animent d’une envie assumée de couleurs, de chocs toniques, de retour à la figure ou de nouvelles abstractions. Mais tous sont liés d’un esprit et d’un jeu autour des déconstructions et de reconstructions de la forme. Comme autant de désirs neufs pour faire osciller la définition et l’allégorie du temps présent. 

 

Laurent Boudier