Courant à contre-courant 2

Marie-Cécile  APTEL - Vincent BARRÉ - Michel BATTLE - Jean-Pierre BOURQUIN -Joël BRISSE - Pierre BURAGLIO - Andriana CAVALLETTI - Philippe COGNEE -Léo DELARUE - Denis FALGOUX - Sylvie FANCHON - Denis GODEFROY - Yves GUERIN -

Jean-Paul HUFTIER - Marc LATAMIE - Loïc LE GROUMELLEC - Hong LENG -Konrad LODER - Christiane LOVRAY - Bernard PAGÈS - Anne-Marie PECHEUR -Anne PESCE - Jean-Pierre PINCEMIN - Jean-Claude PINCHON - François PRISER -Miguel SANCHO - Olivier THOMÉ - Florence VALAY

Peyrehorade / Novembre 2018

Commissariat de l’exposition

Emmanuel Lesgourgues 

[…] Dès l’entrée la disposition étonne. Je suis sollicité - l’indifférence impossible. Très vite un sentiment de liberté s’installe. La forme casse immédiatement le formaté, le formalisme, le convenu, souvent rencontrés en d’autres lieux.

[…] La complexité formelle, les contrastes ou les rapprochements devraient, semble-t’il nous enserrer dans une voie étroite, prisonniers d’une pensée imposée; Paradoxalement cela nous « évade ».

Les décalages, les parenthèses, les parentés, les ellipses, les ruptures créent un large espace qui guide et libère à la fois le spectateur. Celui-là peut s’engouffrer dans un chemin dessiné, peut y errer, y rêver, reconstruire, recréer.

Aucune gratuité dans la « mise en espace ». Tout se met au service de celui à qui on montre.

Je trouve essentielle cette forme de pédagogie qui n’impose pas une stricte ligne durement balisée, mais qui offre à chacun la possibilité de suivre sa voie, qui permet l’apprentissage individuel ( même si quiproquo il peut y avoir… et pourquoi pas ? ) à partir des conditions proposées par la scénographie, conditions que je trouve sensibles, profondes, généreuses.

[…] Il s’opère, là, un renversement de la problématique. Cette inversion des postulats nous fait glisser d’une didactique rigide, qui peut certes présenter des vertus, vers une Pédagogie créative développant des possibles qui ouvrent les œuvres à plusieurs niveaux de lecture. Oui, nous pouvons alors, aller au-delà de l’apparence même, des œuvres.

[…] Et, dans cet ordre d’idée j’ai beaucoup aimé qu’il n’y ait que le nom de l’artiste en regard de la toile, sans date, sans commentaire, sans artefact en quelque sorte, qui pourrait troubler l’équilibre créatif de la disposition scénique. Toute information supplémentaire aurait, à mon sens , rétréci le champ des possibles. On peut étiqueter, renseigner l’œuvre, mais c’est une autre problématique, c’est un élément de connaissance que l’on peut produire par un catalogue, par de fiches annexes… hors exposition stricto sensu, mais pas dans ce «  spectacle de re-création », que l’on nous a offert. Il y aurait me semble t’il des contresens si l’on donnait en regard des toiles des points d’explications factuels. Pourquoi ? Parce que l’accrochage des œuvres n’est pas là pour « cataloguer » un ou des peintres n’est pas là pour montrer seulement cette trajectoire picturale, mais pour aller beaucoup plus loin.

C’est dire en toute fin « regardez ce qu’est la création, l’art d’une époque et peut-être l’art tout simplement. Faites vous même spectateur, ce petit pas créatif qui vous attend et vous appartient. On vous met dans les dispositions pour le faire. Allez-y ».

 

 

Jacques Lalanne - avril 2018