Courant à contre-courant
Pierre André - Vincent Barré - François Boisrond - Joël Brisse - Pierre Buraglio - Damien Cabanes - Roland Cognet - Noël Cuin - Christophe Doucet - Daniel Gerhardt - Lionel Godart - Toni Grand - François jeune - Joël Kermarrec - Jean-Yves Langlois - Bertrand Lavier - Konrad Loder - François Martin - François Mendras - Pierre Nivollet - Bernard Pagès - Paul Pagk - Jean-Pierre Pincemin - Jean-Claude Pinchon - François Priser - Miguel Sancho - Christian Sorg - Dominique Thiolat - Florence Valay - Claude Viallat - Julião Sarmento
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Exfiltrer les images
Joël Brisse
Peyrehorade / Novembre 2025 >> Mars 2026
Commissariat de l’exposition
Emmanuel Lesgourgues & Jean-Claude Thévenin
Joël Brisse : Le trouble de la présence, entre figuration et suspension
La dernière période du travail de Joël Brisse, présentée sous le titre évocateur Visage / Paysage, propose une réflexion picturale où la figure humaine et le monde environnant s’enlacent dans une tension subtile. À travers une série d’oeuvres récentes — portraits, paysages du Gard, scènes végétales — Brisse poursuit une recherche singulière : celle d’une présence suspendue, où la peinture devient lieu d’émotion plus que de description, d’étrangeté plus que de reconnaissance.
Dans cette nouvelle phase, les figures humaines et les décors ne sont plus des entités séparées mais les deux pôles d’un même champ de sensation. L’artiste ne cherche pas à “représenter” mais à installer une atmosphère, à faire surgir un trouble, une poétique du regard.
Le portrait comme apparition
Une série de portraits de femmes accueille le spectateur. Ces figures isolées nous fixent, comme suspendues dans un espace à la fois vide et intensément lyrique. Le regard y est central, frontal, parfois interrogatif, souvent énigmatique. Le fond, loin d’être un simple décor, agit comme une matière de tension, dense, expressive, presque enveloppante.
Ces visages ne posent pas, ils apparaissent. Leur présence ne s’impose pas, elle nous affecte.
Ici, Joël Brisse s’inscrit dans une tradition picturale qui évoque les portraits de Gauguin ou certains nus de Bonnard, mais dans une atmosphère plus intérieure, presque psychologique. Les figures sont flottantes, isolées, parfois arrachées au fond, dans une tension entre affirmation et effacement.
“La fille dans les feuilles” : immersion dans la matière végétale
La fille dans les feuilles (2017), vaste toile de 1,80 mètre par 1,80 mètre, condense à elle seule plusieurs des enjeux plastiques de cette période. Une figure féminine, suspendue au centre de la composition, semble à la fois posée dans un décor végétal et absorbée par lui. Les feuilles ne sont pas décrites, elles sont suggérées, modulent une ambiance plutôt que de créer un contraste.
Ici, la peinture n’organise pas un espace réaliste, elle installe un trouble, une forme de déréalisation poétique.
L’effet est moins celui d’un portrait dans un décor que d’une fusion lente entre le personnage et l’environnement. La couleur, utilisée de manière expressive mais retenue, crée une atmosphère sensible où l’oeil circule sans être dirigé. Le dessin affirme les contours tout en les laissant porosifs, comme s’ils risquaient de se dissoudre dans le fond.
Paysages du Gard : désorientation familière
Dans les grands formats dédiés aux paysages du Gard, Brisse ne peint pas des lieux identifiables mais des espaces de mémoire, des paysages mentaux. Le spectateur est invité non pas à “voir” un lieu, mais à s’y perdre doucement, à s’y immerger sans s’y fixer. Ces paysages familiers semblent glisser vers l’abstraction, ou plutôt vers une symbolisation diffuse du réel.
Il ne s’agit pas de montrer un panorama, mais d’évoquer un état : l’étrangeté d’un monde pourtant connu.
Le ciel, la terre, la végétation ne sont jamais simplement là pour “faire joli”. Ils participent d’une émotion picturale. La perspective est souvent abolie ou troublée, les repères topographiques flous. Le paysage devient surface, matière, sensation. On pense à Derain fauve, ou à l’espace flottant d’un Rothko figuratif.
Une peinture de la suspension
Tout au long de cette période, Brisse interroge la manière dont un sujet peut être là sans s’imposer, apparaître sans être défini. Ses figures sont souvent isolées, concentrées, présentes mais vulnérables. Il ne cherche pas à raconter une histoire, mais à suspendre le temps, à faire durer une énigme visuelle.
Son travail dialogue avec certaines pensées contemporaines de l’image. Comme le dirait Lacan, “nommer la Chose, c’est la détruire” — Brisse semble partager cette méfiance à l’égard de l’explication. Il refuse la lisibilité immédiate, préférant l’expérience sensible, voire inconsciente, du tableau.
L’image n’est pas à décoder, elle est à habiter.
Le paysage comme altérité, le fond comme tension
Dans cette oeuvre, le fond n’est jamais décoratif. Il est actif, texturé, presque vivant. Parfois végétal, parfois indistinct, il dialogue avec la figure, il la contient ou la confronte, il participe d’un équilibre fragile entre présence et disparition. La lumière, souvent diffuse, crée des zones d’ombre ou de flottement, produisant ce que l’on pourrait appeler un “espace psychologique”.
Joël Brisse ne peint pas ce que l’on voit, il peint ce qui reste après la vision : une trace, une sensation, un mystère.
Il ne s’agit ni d’abstraction pure, ni de figuration narrative. Plutôt d’un entre-deux, d’un lieu pictural où l’humain, la nature, le regard, le fond,
coexistent dans une tension silencieuse. La peinture de Brisse ne s’impose pas ; elle se propose comme une présence ouverte, inachevée, méditative.
Avec Visage / Paysage, Joël Brisse poursuit une oeuvre exigeante, où chaque tableau devient un lieu de résonance poétique. Dans une époque saturée d’images spectaculaires, son travail prend le parti de la retenue, de la densité émotionnelle, du trouble lent. Ses personnages ne nous racontent rien, mais ils nous regardent — et c’est peut-être plus dérangeant encore. Entre présence et disparition, figuration et atmosphère, Brisse cherche moins à dire qu’à faire sentir, moins à illustrer qu’à faire advenir une émotion picturale.
Jean-Claude Thévenin - novembre 2025


